démantèlementBrigitte Chevet a réalisé un documentaire, remarquable, de 53 minutes, sur les difficultés du chantier de déconstruction du site des Monts d’Arrée à Brennilis. Le film a été projeté sur France 3 Bretagne samedi 15 novembre. Ce réacteur à eau lourde, construit dans les années 60, a divergé en 1966 et fonctionné à 80% de sa puissance nominale (75 Mwhe) entre 1971 et 1985. Mais les 6,235 Milliards de Kw. qu’il a produits en 14 ans ne correspondent qu’à 6 mois de fonctionnement d’une centrale actuelle (1600 mwhe)… Ce film, remarquablement construit, fait bien ressortir la beauté du paysage des Monts d’Arrée, pose sans parti pris les problèmes, captive les spectateurs et suscite un grand nombre de questions et de remarques. Il a été projeté de nombreuses fois dans le cadre du « mois du doc. » organisé en novembre par l’association Daoulagad Breiz . Brigitte Chevet m’ayant demandé de témoigner en tant « qu’ancien de la centrale », je l’ai accompagnée. Chantal Cuisnier, représentant « sortir du nucléaire à l’observatoire a aussi apporté ses connaissances importantes du dossier. Nous avons tenté de répondre de notre mieux à des questions parfois pointues. Notre but est uniquement de faire en sorte que la population soit mieux informée. Tout en y ajoutant le souhait que le chantier de déconstruction de la cuve du réacteur, fortement active, du béton l’entourant et des échangeurs de chaleur, se fasse dans des conditions acceptables pour les intervenants et sans risque pour l’environnement, dans l’immédiat et dans les années à venir. Le mauvais procès qui nous est fait sur des atteintes éventuelles à l’emploi est visiblement « téléguidé ». Les personnes qui protestent font partie des 40 permanents qui maintiennent, heureusement, le réacteur en situation de sécurité et assurent l’entretien. Elles n’ont donc pas subi de préjudice et, au contraire, l’échéance programmée de leur départ a été reculée. Les ouvriers des chantiers, qui vont de centrale en centrale, en fonction de la demande, ont un statut précaire contre lequel j’ai protesté, à de nombreuses reprises, avec mes collègues syndiqués. Nous étions souvent peu nombreux. Si les autorisations légales sont données, ils reviendront sur le chantier. Il est tout de même normal qu’EDF respecte la Loi comme toute entreprise. Son chantage à l’emploi, par personnes interposées est tout simplement odieux. Nous n’avons aucun pouvoir dans ce domaine. Curieusement, EDF, pourtant condamnée par le Conseil d’Etat pour son manque d’information du public, a refusé de participer aux débats suivant la projection. Nous y avons aussi rencontré peu d’élus. L’enquête publique qui aura lieu en 2009 permettra à chaque partie de s’exprimer sur le sujet. Les projections du film en public sont suivies d’un débat convivial, devant 60 à 100 personnes. Pendant les débats, le manque d’information, qualifié « d’omerta » par de nombreuses personnes, jette le doute sur les réels dangers entraînés, par le chantier en particulier, et par le nucléaire en général. Bien que connaissant bien les conditions de travail dans ce domaine, j’ai moi aussi été surpris par la gestion du chantier, découverte dans le film. Le Directeur nous parle de « travail robotisé » et on découvre sur des images tournées en 2006, des conditions de travail moins bonnes que celles des années 60, mêmes si les outils électroniques de contrôle se sont beaucoup améliorés. Le débat fait aussi ressortir la nécessité d’un contrôle extérieur indépendant. La CRIIRAD mise en place par la population à Valence, près des centrales de la vallée du Rhône et l’ACRO à Cherbourg, près de la Hague, ont fait des analyses autour du site et trouvé une contamination radioactive due à la centrale. Mais la CRIIRAD n’a pas été autorisée à entrer sur le site et n’a pas pu faire des analyses sur le tritium, faute de moyens financiers suffisants. Il faut espérer que la « CLI » qui va être mise en place sous la responsabilité du Conseil Général du Finistère, pour remplacer l’observatoire, aura à cœur de permettre une information objective de la population. Qu’elle publiera les études déjà faites, comme les résultats des sondages du BRGM, et demandera les moyens nécessaires à toutes les investigations préalables. Pour terminer par une note d’humour, j’indique que l’information d’Ouest France indiquant, par deux fois en des endroits différents (copié-collé ?) que j’ai été sous-directeur est fausse.

Michel MARZIN