L'impact sanitaire du nucléaire intervient aussi dans la crise économique : environ 2 000 milliards d'Euros en Europe
Par Michel MARZIN le samedi 12 novembre 2011, 11:33 - Lien permanent
Conséquences
de Tchernobyl
par Alison Katz, Le Monde Diplomatique, décembre 2010.En dissimulant aux
populations les conséquences sanitaires et écologiques de l’accident de
Tchernobyl, les dirigeants des grandes puissances participent à la
désinformation cinquantenaire dont bénéficie l’industrie nucléaire, aussi bien
civile que militaire (1). Cette stratégie, car c’en est une, est coordonnée par
l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), porte-parole de
l’establishment nucléaire, grâce à la promotion d’une pseudo-science (2) sur
les effets des contaminations radioactives. L’Organisation mondiale de la santé
(OMS) en est, hélas, partie prenante, du fait de l’accord signé en 1959 entre
les deux agences. Ce document interdit à l’OMS d’informer les populations sur
les effets des rayonnements ionisants pour les humains sans l’aval de l’AIEA.
En janvier 2010, toutefois, l’Académie des sciences de New York (NYAS) a publié
le recueil le plus complet de données scientifiques concernant la nature et
l’étendue des dommages infligés aux êtres humains et à l’environnement à la
suite de l’accident de Tchernobyl. Cet ouvrage met à la disposition du lecteur
une grande quantité d’études collectées dans les pays les plus touchés :
la Biélorussie, la Russie et l’Ukraine (3). Les auteurs estiment que les
émissions radioactives du réacteur en feu ont atteint dix milliards de curies,
soit deux cents fois les retombées des bombes atomiques lancées sur Hiroshima
et Nagasaki ; que le nombre de décès à travers le monde attribuables aux
retombées de l’accident, entre 1986 et 2004, est de 985 000, un chiffre qui a
encore augmenté depuis cette date. Des 830 000 « liquidateurs »
intervenus sur le site après les faits, 112 000 à 125 000 sont morts.
Beaucoup de ces hommes et femmes ont reçu, souvent sans protection, d’énormes
quantités de rayonnements et ont inhalé des poussières fortement chargées en
isotopes de l’uranium. L’OMS et l’AIEA avaient présenté, en 2005, un bilan
d’une cinquantaine de morts parmi les liquidateurs et jusqu’à 9 000 décès
« potentiels, au total », attribuables à la contamination radioactive — et
ce uniquement parmi les populations les plus affectées de Biélorussie,
d’Ukraine et de la Fédération de Russie… Des milliers d’études ont mis en
évidence dans les pays touchés une augmentation sensible de tous les types de
cancer, ainsi que des maladies des voies respiratoires, des affections
cardiovasculaires, gastro-intestinales, génito-urinaires, endocriniennes,
immunitaires, des atteintes des systèmes lymphatiques et nerveux, de la
mortalité prénatale, périnatale et infantile, des avortements spontanés, des
malformations et anomalies génétiques, des perturbations ou des retards du
développement mental, des maladies neuropsychologiques et des cas de cécité. Si
les conséquences sanitaires et environnementales laissent les technocrates de
marbre, la facture économique finale, elle, devrait les émouvoir. Pour les
vingt premières années, les dépenses directes provoquées par la catastrophe
pour les trois pays les plus touchés dépassent 500 milliards de dollars, ce
qui, rapporté au coût de la vie dans l’Union européenne, représente plus de 2
000 milliards d’euros. Autant, donc, sinon plus, que le coût de construction de
toute l’infrastructure nucléaire mondiale !
Alison Katz
Centre Europe - Tiers monde (Cetim), Genève ;
fonctionnaire internationale à l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
pendant dix-huit ans.