Complément aux réponses faites au cours de la réunion du 2 février 2012 à Suscinio, Ploujean sur le rôle de l’eau lourde.

EL4 était le prototype industriel d’une nouvelle filière de « chaudière nucléaire » qui devait remplacer la filière graphite-gaz dont plusieurs réacteurs avaient été construits à Marcoule (CEA) et à Chinon (EDF) . Dans cette nouvelle filière, l’eau lourde devait remplacer le graphite comme modérateur pour obtenir un meilleur rendement et permettre de n’utiliser que de l’uranium naturel comme seul combustible. Le caloporteur (qui transmet la chaleur pour produire la vapeur) était le gaz carbonique à 60 bars de pression.
Rôle du modérateur : pour qu’un neutron « casse » un noyau d’uranium, il doit le percuter à une vitesse contrôlée très inférieure à la vitesse qu’il a la sortie du corps instable qui l’a produit (proche de la vitesse de la lumière : lorsque la vitesse est trop grande, le neutron rebondit sans casser).reaction_en_chaine.jpgAu cours de ce « ralentissement » un nombre trop important de neutrons étaient perdus dans le graphite, l’eau lourde a un meilleur rendement. Dans les 58 réacteurs actuellement en service, c’est l’eau légère (naturelle), qui sert à la fois de ralentisseur et de caloporteur. Ce qui nécessite un combustible plus enrichi en uranium 235.
Pour que cette filière fonctionne, il fallait mettre au point un gainage des pastilles d’uranium fritté qui soit très peu absorbant. Le premier chargement utilisait de l’inox, le second du zirconium (actuel gainage du combustible des 58 REP). L’alliage n’ayant pu être mis au point et la filière s’avérant extrêmement polluante en tritium, le projet fut abandonné au cours de l’étude du second réacteur de 400 Mw qui devait être construit à Brénnilis.
Je me souviens d'avoir fait une note demandant que les opérateurs devant intervenir dans le réacteur soient équipés de tenues étanches et d'appareils respiratoires autonomes.
J’espère avoir mieux répondu à la question que je n’avais pas complètement traitée dans le « feu de l’action », pardonnez moi.